Critiques

J'ai toujours été passionné par l'archéologie , et par le monde du vivant, je suis toujours émerveillé par le fait que tous les êtres vivants ont des points communs. Dans mon travail artistique il est question de cela .

J'ai fait médecine pour comprendre comment fonctionne l'être humain au niveau anatomique biologique et psychologique , mais l'être humain a quelque chose de plus qui ne peut pas être expliqué par ces sciences . J'utilise les arts plastiques pour compléter cette quête ... Mon travail a toujours une relation de prés ou de loin avec l'être humain - Soit par des portraits , en peinture, d'humains dépersonnifiés - Par des photographies , vidéos ou performances où l'on voit évoluer des sculptures de ces mêmes têtes en glace ( matériau que j'utilise à cause de son omniprésence dans le monde du vivant) – Ou encore par des sculptures en ciment de ces mêmes têtes qui sont parfois disposées en installations et qui renvoient à l'archéologie .

J'explore aussi le microcosme biologique de notre organisme et ses relations avec le monde qui l'entoure ,par l'observation mais aussi par l'imagination qui me permet de rêver à monde biologique encore différent. Mon travail incite aussi à réféchir aux changements et aux avancées de la médecine , de la génétique ainsi qu'aux sciences modernes qui sont capables de faire des merveilles mais qui prennent aussi des risques sur l'avenir du vivant...

Thierry FARCY

Thierry Farcy à la Galerie Hélène LAMARQUE

L'actualité médiatique des neurosciences nous rappelle encore et toujours la lancinante question de notre humanité, de notre destin humain.

Cette interrogation, le plasticien mais aussi médecin Thierry Farcy l'a thématisée il y a 4 ans déjà : en effet en 2001, il avait créé une première série d'installations à partir d'un ensemble d'une centaine de têtes d'homme en béton de 25 cm de hauteur, toujours posées à même le sol et présentées à la foire art event de Lille en novembre 2004 (voir journal Nord Eclair).

Ces têtes brutes, placées en rang et selon une forme plus ou moins libre, sont perçues, du haut des yeux du spectateur, comme un pavé de boîtes crâniennes, rappelant ainsi soit l'armée légendaire de l'empereur chinois Quin Shi Huangdi, excavée dans les années 80, soit les premières inhumations mésolithiques, sorte de nids de crânes,ou encore les rangées de crânes des cimetières de l'époque baroque. Ces installations seraient alors un des traitements actuels du thème de la Vanité. Le destin égalitaire de l'homme, sa mort inéluctable donc naturelle, est alors effectivement « l'œuvre de nature » comme le suggère ce même titre donné par l'artiste à cette installation. L'ambivalence du titre ne s'arrête pas là : à l'instar de Pollock qui proclamait « I am nature », Farcy exprime ainsi sa profession de foi en abandonnant la traditionnelle antinomie art(iste) / nature et en adoptant le principe de création « natura naturans » cher au romantisme allemand des frères Schlegel.

Dans l'installation « Intra Muros » (voir ici) présentée aujourd'hui à Paris apparaissent, telles des pépites, des inclusions de têtes d'homme dans des blocs de ciment, qui sont par la régularité de leur taille certes artificiels mais disposés sans ordre préétabli, si ce n'est que par la volonté de créer des contrastes entre les surfaces et les teintes du béton. Cette mimésis géologique confère à l'œuvre une dimension intemporelle qui se réfère ainsi encore au principe de création « natura naturans ». L'arrangement spatial semi-irrégulier et en masse de ces blocs, renforce la perception pluridirectionnelle des têtes dans un effet étourdissant et tient de la quête architecturale.

Cette installation est une méta-sculpture : en effet, des têtes sculptées, figées dans du béton lui même débité à la scie en blocs et dalles de taille identique, se trouvent alors, par le procédé de la découpe, réduites à deux dimensions, la troisième étant récupérée par l'empilement des blocs en murets, si bien que les images bidimensionnelles des têtes ont le fonctionnement tridimensionnel des « wall drawings » de Sol LeWitt.

Ce jeu de destruction-reconstruction des dimensions, fondement même de la sculpture n'est pourtant pas gratuit : il figure de manière sereine le fameux impératif créatif de la renaissance spirituelle « Stirb und werde ! » de Goethe, l'éternel retour à la vie.

Hélène LAMARQUE
www.galeriehelenelamarque.com

L'œuvre de Thierry Farcy est consacrée à la représentation de l'esprit, auquel il tente de donner une matérialité.

Les portraits de Farcy sont une confrontation d'un artiste avec un être humain, un individu à peine esquissé dans l'espace. Le peintre semble s'attacher à résoudre le problème double, paradoxal de la distance de l'artiste avec un autre être et de son identification à l'autre. Souvent le portrait semble à la fois proche et lointain. La tête en est à peine une, plus esprit que tête, presque immatérielle.

Il se consacre presque exclusivement à peindre des visages, derniers bastions de la figuration.

Fenêtre sur l'extérieur, miroir de l'intériorité de l'auteur et image de l'invisible.

Hélène LAMARQUE
www.galeriehelenelamarque.com

 

Thierry Farcy : L'oeuvre de Nature

L'artiste est revenu de l'abîme, miroir sans fond où Narcisse contemple jusqu'à la mort son visage parfait mais tragiquement inhumain.

Le visage vidé d'être s'est empli de matière, l'artiste a retrouvé l'oeuvre de Nature et multiplie aujourd'hui à l'infini ces visages humains chaque fois déformés par l'aléa naturel ; la bosse ou le regard de travers, ce défaut rassurant qui rend l'être unique.

Mais la frontière si ténue entre le normal et l'anormal le beau et le laid, sera vite franchie car le visage a quitté l'os et la chair éphémères pour la matière dure et pérenne.

La marque irrévocable du temps fige pour toujours ces êtres issus du même moule mais si différents dans leur vertigineuse ressemblance, pétrifiés dans leur expression de vie : ce regard fixe et vide mais toutefois "étrange et pénétrant" comme les yeux d'une armée de soldats enterrés que l'artiste aurait exhumée de l'outre rive de la vie.

Dominique DIARD,
Maître de conférence à l'Université de Caen.

Thierry Farcy : 46 XY, Narcisse dans l'abîme

Le visage qui hantait l'artiste est revenu de l'informe, s'est incarné en une suite de têtes génériques, sans âge et sans expression, dont la pureté lisse et l'absolue neutralité réduisent l'être humain à l'épure, au clone d'homme multiplié à l'infini en une multitude impénétrable.

Face à l'angoisse de l'homme créé par l'homme, de la copie humaine reproduite en séries, le peintre est devenu sculpteur pour modeler jusqu'au vertige cet homme uniforme ; l'être qui n'est pas, le plus grand écueil pour l'artiste.

Car le fantasme est passé ou réel, la science fiction n'est plus, il est à présent possible de cloner l'homme, d'oublier l'autre, l'étranger, celui que nous ne sommes pas, pour un homme identique, inauthentique et univoque.

Thierry Farcy nous livre son refus de cet homme-là, privé d'imaginaire et dont les dieux seraient morts ; Narcisse dans l'abîme.

Dominique DIARD,
Maître de conférence à l'Université de Caen.